Un bouënou
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Un lopin de terre,
dans la boucle du ruisseau,
était son domaine,
il y cultivait les fruits
d'un savoir faire ancestral.

Paysan-pêcheur,
le soir il posait ses pièges
aux jonchaies des rives,
pour les brochets, les anguilles.
Les relevaient au matin,

frétillants, avant
d'aller les vendre au marché.
Puis il revenait
à la maison du village
où l'attendait sa grand'mère.

Avant sa naissance
son père avait disparu.
Sa mère mourut
phtisique, il avait six ans.
L'ancêtre le recueillit,

qui n'avait plus d'âge.
C'est à l'école publique
qu'il apprit à lire,
écrire et compter. Tout juste,
du citoyen, le bagage.

Le reste, il l'apprit
tout seul, avec les copains,
content de si peu.
Le lopin leur suffisait
pour leur potée journalière.

Il eut bien du mal
quand il revint de la guerre
à placer son pas
au chemin des habitudes
dans les traces effacées.

Grand'mère était morte.
Les lapins et la volailles
avaient déserté.
La vieille maison croulait
sous le lierre et les broussailles.

Le lopin lui-même,
dans le taillis des saulaies
réclamait de l'aide.
Les copains étaient restés
dans les tranchées de Verdun.

Une jambe en moins
lui donna droit à pension.
Consolation !
Il se sentait diminué,
il resta un solitaire.

Ainsi survivant,
entre sa masure et ses pièges,
sans plus de vision
il ne fut plus qu'un bouënou
pour les voisins du village.

04.12.19




En langue Gallo on appelle Bouënou un homme de peu qui perd son temps à des occupations insignifiantes