Sur le portrait d'un ami commun
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Je ne t'ai rien dit
du portrait que tu nous fait
de notre ami Pierre...
C'est lui, et ce n'est pas lui !
Que te dire qui soit vrai ?

Quel filtre se glisse
entre la réalité
et ta projection ?
Est-ce ainsi que tu le vois,
et tentes de nous le dire ?

Je le reconnais,
donc la ressemblance est là,
mais le voudrais autre.
Comment ? Je ne le sais pas :
l'imagination m' égare !

Quand je dis : « quel filtre »
je ne sais de quoi je parle...
Entre le fusain,
les pinceaux et les couleurs,
le support et ses contraintes

qu'y a-t-il de plus,
comme une seconde peau
de l’œuvre en chantier
qui diffracte la lumière
et impose sa rigueur

aux traits du visage
et renvoie à ton regard,
sans cesse en éveil,
une image que ta main
s'oblige à nous révéler.

De la ressemblance,
dans la recherche du vrai,
et le trait pour trait,
surgit la similitude,
en son éblouissement.

« Seconde peau » dis-je.
Où vais-je chercher, encore,
cette métaphore ?
De ma plume embarrassée
qui trahit mon ignorance,

ou de mon regard
que la tradition englue
dans ses traductions,
ou de l'angoisse essentielle
devant cette âme inconnue,

quand je considère
le mystère créatif
et cherche à comprendre
l'incompréhensible voie
de Vérité en Beauté.

28.07.19